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La MPT de la Grette

Dimanche 8 décembre, se déroulait à la Maison de Quartier Grette-Butte, la deuxième journée de Nationale III jeunes. Retour au source car, dans les années soixante-dix, les échecs s’invitaient régulièrement à la Maison pour Tous de la Grette. Voici quelques coupures de presse de l’époque.

     
 Robert Poly, et Christophe Bordet et Robert Poly entouré de Jean-Robert Vesin et  Jean-Christophe Basaille

Serge Naudier, gamin à l’époque, se souvient : « Le tram n’existait pas ; on n’y allait en bus, à pied ou en voiture. Pour ma part, souvenir intense (et ému) de Robert Poly qui nous avait fait passer, je crois, le test Tour ou Cavalier. C’est à la MPT que j’ai fait la connaissance des premiers ordinateurs que Jean-Christophe Basaille (autre disparu tragique) savait manipuler. Que d’intenses souvenirs !

Échecs le soir à la M.P.T. de la Grette, Serge devant le jeu électronique de Texas Instrument en1978. Clichés de B. Faille, Est Républicain.

Il y avait les rencontres Bordet – Vesin et Aebischer – Coulon : du grand spectacle ! C’est là aussi qu’il y a eu un « Samedi-Kasparov » quand l’Azéri était l’étoile montante des échecs mondiaux. Il y avait là Serge Zaragoza et Gilles Vuitton, Jean-Luc Ranquet. Aussi les Mercier (frère et sœur, je ne me souviens plus de leur prénom, Florence Kratz… J’y ai fait la connaissance de Philippe Guyot, de mémoire en 79 ; à l’époque, il s’amusait à me cacher mes coupes : c’était hier. Souvenirs, souvenir… »

           
Serge devant l’échiquier, observé par, entre autres, Robert Poly, Christophe Bordet, René Chavetnoir.

Nous y organiserons, dans la grande salle polyvalente, le championnat scolaire en janvier et sans aucun doute notre prochain open de la Toussaint dans un cadre plus agréable et plus proche du centre ville que la Malcombe.

L’ancien club des échecs de Besançon

Notre ami Pascal Tournier me fait parvenir cet article (dont pour l’instant, je ne connais pas l’origine) qu’il dénicha, il y a quelques années, à la Bibliothèque d’étude et de conservation. Adrien Nicklès, pharmacien à Besançon (1853-1936), y conte ses souvenirs du Cercle des Échecs fondé en 1868, sans doute autre nom de la Société des Échecs de Besançon¹, relatant la vie et la mort de cette association. Mais, comme le Sphinx légendaire, elle renaîtra de ses cendres quelques années plus tard pour donner naissance à la Tour Prends Garde. L’article suivant, évoquant le film Le Simoun sorti en salle en décembre 1933, nous donne une date pour cet écrit. Étonnant que l’auteur n’y parle pas de notre Tpg créée pourtant, toujours à la Brasserie Granvelle, en 1929. Peut-être que, pour ce vieux bonhomme de 80 ans, les jeunots à l’initiative de cette toute nouvelle Tour étaient-ils des « rigolos » ? Je suis étonné également de ne pas y lire le nom de Charles-Jules-Nestor Bavoux, l’un des fondateurs de l’École des Beaux-Arts de Besançon, président à l’origine de cette éminente société.

« La disparition des baraques auxquelles, du côté de la rue de la Préfecture, le grand mur du Palais Granvelle servait de support, ravive, dans le cœur de quelques anciens, le souvenir d’une petite société qui eut son temps de splendeur. Il s’agit du Cercle des Échecs, qui fut fondé en 1868 par un petit groupe d’amateurs dont faisaient partie le conseiller Clère, le marquis Sylvestre de Jourfroy², Phil. Faucompré³, Cretin, les peintres de Lispré et Honoré Chapuis, etc. André Zani⁴ fut le dernier survivant des fondateurs de ce groupe, cette Faculté des Échecs, qui se réunissait dans une petite salle du Café Granvelle. La renommée du Cercle dépassait les limites de la Franche-Comté. De grands et célèbres joueurs de l’époque venaient s’y mesurer avec nos as.

Après la guerre de 1870, de nombreux adeptes vinrent grossir le groupe initial. Les colonels de l’Eglise, Rossigneux, Ferreux, de nombreux officiers de tous grades : Bretenet, Roisin, Guillemenot, Busy, Jager, Bourgoignon, etc. Puis Bernard Dietrich, les Antoine, Laureaux Ligier, surnommé Barodet à cause de ses opinions avancées !! (le pauvre ne serait aujourd’hui qu’un vulgaire réactionnaire), Mandereau, Contausset, Delacroix, Baudin, Sirot, le père Zorn, Nicklès, etc., etc. Franche camaraderie et bonne humeur régnaient en maître dans ce cénacle où se côtoyaient les opinions les plus opposées. Les tics et petites manies individuelles s’y donnaient libre allure au cours des parties engagées. Chacun, suivant son tempérament, trouvait ses inspirations en chantonnant quelques mesures, toujours les mêmes, d’un air favori, trouvait ses plus beaux coups en mâchant entre ses dents un bout de son mouchoir, pendant qu’entre ses doigts, il faisait grincer les pièces capturées. Un beau coup pour F…, c’étais un coup viandeux. Pendant les parties en train , c’était une cacophonie déconcertante pour un non-initié, cacophonie ambiante qui n’a jamais distrait Barodet⁵ de la création des problèmes d’échecs et de dames que, pendant de longues années, il envoya au Monde illustré.

Le colonel Rossigneux, un de nos forts joueurs, était d’une distraction digne d’un fort en X… Quelques camarades, un jour, arrivent au Cercle à l’heure habituelle des séances du soir. Ils voient le colonel absorbé sur son échiquier. Sans répondre au salut des arrivants, il leur dit : « Je vous laisse ; ma sœur s’inquiéterait si elle ne me voyait pas ne pas rentrer pour déjeuner ! » Entré au Cercle avant midi, il s’était oublié jusqu’à 5 heures à la recherche de solutions.

Le jour des réunions générales était jour de liesse. La séance officielle était suivie d’un concert improvisé au cours duquel de nombreux talents cachés de pianistes, guitaristes, chanteurs se donnaient libre cours.

Les rayons de notre bibliothèque étaient riches en journaux et ouvrages qui facilitaient l’étude des grandes parties classiques. C’est surtout à l’occasion des tournois qu’ils étaient mis à contribution. Il y en eut des passionnants, de ces tournois dont certains nous valurent d’honorables mentions. Quand, par cartes ou télégrammes, nous parvenaient les réponses des concurrents, le grand sanhédrin se réunissait au complet pour la discussion de la pièce à manœuvrer. Dans un de ces grands tournois, nous aurions décroché, au lieu du second, le premier prix sans l’insistance d’un camarade, auquel on eut le grand tort de céder, et qui fit avancer une pièce qui n’était pas la bonne.

Honoré Chapuis (1798 -1896), le peintre cité plus haut – Un coin de Granvelle, 1891.
Ce coin, opposé à la Brasserie Granvelle, n’est autre que le Pavillon du Helder,
détruit en 1925, où se réunissaient les joueurs bisontins de la Belle Époque.
Crédit image : avec l’aimable autorisation de Burston & Hewett.

Nous sommes, dit-on, presque [… ] mortels ; même les sociétés les mieux assises courent au-devant de cette éventualité. Il fut indispensable, à un moment donné, d’accentuer le recrutement. Ce fut, hélas ! le début du déclin. Les cartes, graduellement, prirent le dessus au détriment du noble jeu des Échecs et des Dames. Le nombre, toujours grossissant de nos sociétaires nous obligea à déménager ; d’abord au Pavillon du Helder, puis à la Brasserie Viennoise. La vogue fut-elle que nous fûmes obligés de limiter à cent le nombre de nos sociétaires, et il y avait toujours une longue liste de candidats qui attendaient leur tour d’admission. Mais survint la guerre, et avec elle la fatale et graduelle débandade. Le chiffre réduit des camarades nous ramena à notre primitif Granvelle. C’est là qu’était né, c’est là que s’éteignit, il y a quelques années, notre regretté Cercle des Échecs. »

Adr. Nicklès

Les rescapés du naufrage continuèrent cependant à s’y rencontrer et c’est là, qu’à son arrivée à Besançon en 1927, Picard retrouva Zani, Poincenot, le Commandant Guilleminot et quelques autres avec lesquelles, en 1929, il reconstitua légalement le Cercle d’Échecs de Besançon et édita sous le titre « La Tour Prends Garde » un bulletin de liaison pour lequel il eut des abonnés jusqu’en Australie. C’est du fait de ce bulletin que le cercle fut couramment dénommé la « Tour Prends Garde ». En 2029, tous fiérots, nous fêterons notre centenaire, mais, en fait, c’est de 161 ans d’existence que notre association pourra s’enorgueillir !

¹ À moins qu’il eut, à la fin du XIXe, deux sociétés échiquéennes dans notre cité. Ce dont je doute fort.
² De la famille de Claude François Dorothée de Jouffroy d’Abbans, le célèbre franc-comtois, inventeur des bateaux à vapeur.
³ Peut-être Philippe Charles Faucompré (né et mort à Besançon 1843 – 1902), professeur d’Agriculture. Il habita rue Granvelle à deux pas de son club.
⁴ Francesco Andrea ‘André’ Zani, décédé le 5 février 1932 à Besançon à l’âge de 89 ans (les échecs conservent). Son père, Carlo Giuseppe émigre d’Italie pour exercer dans notre bonne ville la profession de ramoneur ! Les Zani étaient issus d’une longue lignée de ramoneurs et de fumistes piémontais, originaires de la Vallée des Peintres, près du Lac Majeur. Un marquis de la vieille noblesse française et un fils de fumiste, face à face, de part et d’autre de l’échiquier, prouve que cette société n’était point trop élitiste.
⁵ Le fameux Barodet, alias Laureaux Ligier, après quelques recherches dans le Monde Illustré, s’appelait en fait Clément Ligier. Il envoyait à cette revue très régulièrement  des problèmes de Dames. Voici cependant un problème d’échecs, le N°  1094 du 22 mai 1886 :

Le Monde Illustré du 22 mai 1886

Quel est ce beau jeune homme…

Championnats régionaux d’échecs au Foyer International, octobre 1982 – Crédit photo : Bernard Faille, L’Est Républicain, Mémoire Vive.

…au large front où dansent variantes et combinaisons ?

6 RÉFLEXIONS SUR « QUEL EST CE BEAU JEUNE HOMME… »

  1. Eh non, vous avez tous les deux torts. Je reconnais que ce n’étais pas facile du tout. C’est notre bien-aimé président avant la pose de de ses implants capillaires. Le chevelu pleure tandis que le chauve sourit.
  2. Bernard Py n’a jamais eu de baise-en-ville ! Pas le style. D’autre part il ne joue pas la Taimanov ou la Paulsen

  3. Je confirme, c’est Bernard Pellaton en face de Gilles Vuitton pour le Championnat de Franche-Comté Principal. Je m’en rappelle, j’étais dans la salle à les observer.

Quand la Tpg s’affichait !

Nous avons la chance de récupérer une dizaine d’affiches peintes à la main, conservées pieusement par l’un de nos anciens présidents dans les années soixante-dix, Robert Poly, malheureusement trop tôt disparu. Retrouvées dans la maison familiale par sa sœur, qui eut la gentillesse de nous les transmettre. Qu’elle en soit ici remerciée.

Le C.E.B. est bien entendu le Cercle d’Échecs Bisontin. Ce n’est qu’assez récemment, peut-être vers les années 2000, que nous changeâmes ce cercle peut-être par trop élitiste par ce club plus british, mais surtout plus démocratique. Remarquez le côté quelque peu orienté de notre affichiste amateur : le bisontin est représenté en svelte blondinet chevalier et nos amis neuchâtelois en teutoniques ventripotents à la petite moustache qui me rappelle quelqu’un…

UNE RÉFLEXION SUR « QUAND LA TPG S’AFFICHAIT ! »

  1. Sublimes affiches peintes d’une féerie inouïe, incarnant une philosophie de vie en couleur qui se matérialise en bal d’automne… comme Spleen de Baudelaire.

Membre fondateur

Voici une partie de M. Zani datant de 1885 au cours du tournoi par correspondance, organisé par Charles Bavoux. Zani fut sans doute un des membres-fondateurs avec Picard de la Tour Prends Garde. Il joue contre son président d’alors qu’il malmène sans vergogne : le peintre Charles Bavoux.

Le Monde Illustré du 17 octobre 1885

D’autres parties de Zani dans le Monde Illustré.

Une partie fin de siècle

Le Monde illustré du 17 décembre 1887 (un clic pour l’article en grand format)

Le Monde illustré était un hebdomadaire français d’actualités, édité de 1857 à 1940 et de 1945 à 1956. Dans son édition du 17 décembre 1887, il publiait à titre posthume une partie de Charles Bavoux, président de la Société des échecs de Besançon, décédé quelques mois plus tôt. Partie par correspondance d’un tournoi organisé par Bavoux et La Stratégie, mensuel d’échecs fondé par Jean Pietri, édité de 1867 et 1940. La notation est encore descriptive dans cette fin du XIXe. C. 3 FD signifie : le N se rend sur la 3eme case de la colonne du B de la Q soit Nc3 ! Je vous laisse décoder les commentaires de S. Rosenthal¹, le spécialiste échecs de cette antique revue. Voici la partie en notation algébrique, analysée par Alexeï. Je rappelle que vous pouvez suivre la partie sur un échiquier en cliquant sur la notation.

D’autres parties de Charles Bavoux dans le Monde Illustré.

Le Monde illustré du 28 janvier 1888

Si j’évoque si souvent dans ces articles consacrés à notre Tpg, cette Société des Échecs de Besançon et son président, c’est qu’il existe un rapport de filiation direct. Quand, après l’interlude si meurtrier que fut la Grande Guerre, cette société se dissout, c’est bien ses anciens membres que rencontre à la Brasserie Granvelle M. Picard, ce Bisontin de fraîche date, et c’est avec eux qu’il fonde le Cercle d’Échecs de Besançon, La Tour Prends Garde. Parmi eux, Zani, qui devait être alors un vieux bonhomme, car il participait déjà à ce tournoi par correspondance qui débuta le 10 avril 1885. Organisé par Charles Bavoux, il dura deux ans et neuf mois. Le droit d’inscription était de 12 F (environ 36 €) et devait être envoyé à M. Bavoux, 21 rue Charles Nodier. L’histoire de notre club est donc plus que centenaire et remonte, sans doute, avant la Guerre de 70.

¹ Samuel Rosenthal, né en 1837 à Suwałki en Pologne alors dans l’Empire russe, était un Maître d’échecs et journaliste franco-polonais. Éditeur du journal d’échecs français La Stratégie, il publiait une multitude de rubriques dans différents journaux, entre autres de 1885 à 1902 celle du Monde Illustré et gagnait de quoi vivre en enseignant les échecs. Après Wilhelm Steinitz, il est sans doute celui qui réussit le mieux matériellement dans cette fin de XIXe siècle. Ces titres de gloire : il battut Adolf Anderssen et deux fois Wilhelm Steinitz. Il mourut le 12 septembre 1902 à Neuilly-sur-Seine.

Rubrique Nécrologie

Le Monde Illustré du 9 avril 1887 – Un clic pour l’article en grand.

Voici ce que l’on pouvait lire dans le Monde Illustré du 9 avril 1887 : “Une nouvelle bien triste nous a été communiquée cette semaine. Le monde échiquéen vient de perdre un de ses membres les plus actifs, M. Bavaux, de Besançon. M. Bavaux, qui s’était signalé dès sa jeunesse par de grandes dispositions pour la peinture, avait été arrêté de bonne heure dans sa carrière d’artiste par une paralysie partielle. Les échecs devinrent alors sa principale distraction et il en avait fait une étude approfondie, ce dont on a pu juger par les parties vraiment remarquables que nous avons publiées ici même.
D’un charmant caractère et d’un commerce très agréable, il prenait le plus vif intérêt à nos luttes. Il avait organisé, de concert avec M. Clerc, alors conseiller à la cour de Besançon, un cercle d’échecs dans cette ville, et ce cercle est en ce moment un des plus florissants de la province.
Dernièrement, il s’était fait le promoteur d’un tournoi départemental pour lequel un prix a été accordé sur sa demande par M. le président de la République. En même temps qu’il présidait ce tournoi, il y prenait part comme champion et il en sera probablement le vainqueur posthume.
Puissions-nous, par notre hommage sympathique à la mémoire de cet homme de bien, adoucir les regrets de sa famille et de ses amis.”

S. Rosenthal

Il faut lire, bien sûr, Charles Bavoux, ce peintre franc-comtois et président de l’aïeule de notre Tpg, la Société des échecs de Besançon. Né à Villers-le-Lac le 27 janvier 1824 et mort à Besançon le 21 mars 1887, il fut d’abord élève de l’école de dessin de Besançon dès 1846, puis en devint professeur de 1852 à 1872. Entre temps, il fréquenta les Beaux Arts de Paris (atelier de Picot) et exposa aux Salons de Paris de 1857 à 1882. Son nom, écrit Maurice Thuriet dans son article de 1970,  “apparaît pour la première fois officiellement dans la grande revue spécialisée de l’époque La Statégie à l’occasion de la formation au mois de juillet 1874 d’une « association française de joueurs d’échecs », dont le siège devait être naturellement à Paris. Ce n’est que 10 ans plus tard que Bavoux fait à nouveau parler de lui en organisant un tournoi national par correspondance, annoncé comme suit : Les amateurs d’échecs sont et seront reconnaissants à M. le Président de la République de la généreuse protection qu’il veut bien accorder aux échecs. Trois tournois nationaux ont déjà lieu à Paris sous son bienveillant patronage, mais comme les amateurs de province n’ont pu prendre part à ces luttes à cause du long séjour qu’ils auraient dû faire, M. Jules Grevy, sur la prière de M. Bavoux, Président honoraire de la Société des Échecs de Besançon, a bien voulu offrir un vase vénitien provenant de la manufacture de Sèvres, pour premier prix d’un tournoi d’échecs par correspondance entre les amateurs des départements français et algériens. Le tournoi débuta le 1er avril 1885 avec 14 concurrents. Il dura 2 ans et 9 mois. Bavoux devait gagner toutes les parties jouées, mais son décès survint avant que la coupe ne puisse lui être remise.”

Joueurs de tous les pays, unissez-vous !

Fernand Mamy et le Roi blanc – Une coupure de presse d’origine inconnue

Quelques souvenirs du Roi Blanc Bisontin par Bernard Pellaton

Étudiant à Besançon, je suis arrivé par hasard au Roi Blanc Bisontin fin 1972. Le Président était Roland Scamps. Je pense (je n’en suis pas sûr) qu’il avait dû succéder à Fernand Mamy. À cette époque, il y avait eu, comme c’est assez bien relaté dans les coupures de presse du Comtois que Claude a retrouvé, quelques « différents » avec les responsables de la TPG, souvent qualifiés de « bourgeois élitistes » à peine capables de maintenir leurs supposées prérogatives sur les échecs bisontins. Pour caricaturer, les tépégistes fumaient le cigare et jouaient dans les cafés (plutôt une brasserie assez chic) alors que les responsables du Roi Blanc Bisontin¹ travaillaient pour « le peuple » à la MJC de la Grette. C’est à peu près ainsi qu’on m’avait décrit le paysage échiquéen bisontin.

Maurice Thuriet et Fernand Mamy, les présidents de la Tpg et du Roi Blanc

Une autre scission eut lieu aussi à l’intérieur du Roi Blanc. Les meilleurs joueurs, Max Coulon et Fernand Mamy, Jacob (c’est son nom, je ne me souviens plus de son prénom) et Jean Paul Bourgeois, ne pouvant plus participer au championnat par équipe régional², ont décidé de créer une structure « les indépendants » qui leur permettrait de jouer cette compétition. De sorte que le Roi Blanc Bisontin, qui avait encore je pense une quarantaine d’adhérents, dont Jean Sermier et Alain peut-être un peu plus tard, quand je suis arrivé, a perdu peu à peu de son influence et je me suis retrouvé cinq ans après en 1978 bien seul. Entre temps, on m’avait refilé la présidence que j’avais accepté maladroitement. Et arriva ce qui devait arriver… Un vendredi soir de novembre, seul dans cette grande salle de la Maison de la Grette et au bord de la déprime, j’ai décidé de rejoindre avec tout le matériel les tépégistes. J’avais peur qu’on ne m’accepte pas, mais grâce à mon niveau échiquéen déjà fort correct à l’époque (mon elo était je crois de 1940³) tout se passa bien. Et depuis maintenant 40 ans, je suis fidèle à la TPG. Bien sûr, je n’ai jamais dissous officiellement le Roi Blanc. Jamais trop prudent, je m’étais dit qu’en cas de naufrage de la TPG, une structure existante, même en sommeil, pourrait être utile.

À cette époque, les échecs bisontins étaient très dynamiques puisqu’un quatrième club existait : le Club Universitaire dirigé par Bruno Aebischer, considéré à l’époque comme l’un des meilleurs joueurs de la ligue. Il a arrêté de jouer depuis et, est devenu un universitaire brillant. Docteur en mathématiques, ses travaux de recherche font référence pour de nombreux étudiants.

Bernard Pellaton

¹ Le Roi Blanc Bisontin était en relation directe avec le Roi Blanc Peugeot (les mauvaises langues disaient plutôt qu’il était la succursale bisontine du club de Montbéliard). Son Président Louis Arcon, réfugié politique espagnol, avait eu « quelques soucis » avec le régime franquiste. Personnage passionnant, haut en couleurs, fumant toujours son cigare avec élégance, Louis Arcon organisait à Montbéliard des journées échiquéennes rassemblant 500 joueurs chaque année en mai. Cette compétition était considérée dans les années 1970 comme le plus grand rassemblement échiquéen occidental. J’ai eu la chance de participer quelques années à ces journées et c’était à chaque fois phénoménal.
² Il n’y avait à l’époque pas de championnats par équipes nationaux. Existaient seulement des championnats organisés à l’intérieur de la Ligue par équipes de 5 joueurs. Les autres possibilités de rencontrer par équipes des joueurs d’autres Ligues étaient la Coupe de France mais aussi les inter-ligues (une sélection des 14 meilleurs joueurs de la Ligue).
³ Le elo est apparu, je crois, en 1976/77. Avant, les joueurs étaient classés par catégories par… le président du club. C’était la belle époque ! La cinquième catégorie était réservée aux joueurs estimés moins de 1400, la quatrième de 1400 à 1600, la troisième de 1600 à 1800, la deuxième de 1800 à 2000, la première de 2000 à 2200. Au-delà, on avait droit au titre de maître national.

Chaque dimanche, une coupure de presse vous rappellera peut-être quelques souvenirs nostalgiques. Cette rubrique sera aussi la vôtre. N’hésitez pas à intervenir, envoyant anecdotes, documents et photographies jaunies.

UNE RÉFLEXION SUR « JOUEURS DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! »

  1. Un oubli de Bernard… Le club du lycée Victor Hugo : Le Pion Gênant. Le lycée Victor Hugo était à la place du collège du Centre à l’époque. J’ai intégré ce club en 1974 et c’est là que j’ai fait mes premières armes aidé par un fort joueur de l’époque (qui était en Maths Sup) : Patrick Didiergeorge.

Anciens et Modernes

Grâce à la prévoyance de nos anciens, nos archives contiennent une soixantaine d’articles de presse parus entre 1961 et 2010. Aujourd’hui, de tels articles sont aussitôt numérisés et publiés sur notre site, mais sans avoir le charme de ces vielles coupures jaunies aux bordures déchirées.

L’Est Républicain du 6 décembre 1961, la coupure de presse la plus ancienne de nos archives.

Dans celle-ci, la plus ancienne, il est fait allusion, avec quelques inexactitudes, à la naissance en 1928 du Cercle d’Échecs La Tour Prends Garde par M. Robert Picard, commerçant rue Moncey. “C’est lui, affirme L’Est Républicain, qui introduisit dans notre ville les échecs.” En réalité, nous savons qu’existait auparavant la Société des échecs de Besançon.  Maurice Thuriet, le président d’alors, conseiller à la cours d’Appel, écrivait en 1970 :

“Cette société des échecs était au dire des vieux Bisontins qui l’ont connue, notamment le bouquiniste Carriage, un cercle assez fermé dont il était de bon ton de faire partie et dont le nombre de membres ne devait pas dépasser 100 ! On attendait pour y entrer ! On est hélas bien loin de ce nombre dans les cercles de province. Le Cercle tenait ses assises au café Selier, Palais de la Bière (aujourd’hui La Brasserie 1802 à Granvelle), dans une salle particulière, mais après la Grande Guerre, il dut émigrer au Helder, un café de Grandvelle qui se trouvait à l’angle de la rue Mégevand et de la Préfecture, sans doute l’ancien « corps de garde » décrit par Gaston Coindre et qui fut rasé en 1925. C’est alors que les membres se dispersèrent plus ou moins, quelques-uns se retrouvant à la brasserie Granvelle.

C’est là, qu’à son arrivée à Besançon en 1927, M. Picard, qui avait été initié aux échecs à l’âge de 13 ans par une jeune fille anglaise, alors qu’il faisait un séjour pour apprendre la langue de Shakespeare retrouva MM. Zani, Poincenot, le Commandant Guilleminot et quelques autres […] et reconstitua légalement le Cercle d’échecs de Besançon — il édita sous le titre « La Tour Prends Garde » un bulletin de liaison pour lequel il eut des abonnés jusqu’en Australie. C’est du fait de ce bulletin que le Cercle d’échecs de Besançon est couramment dénommé la Tour Prends Garde .”

Apparemment, dans ces années 60, la Tour Prends Garde n’avait guère changée, installée confortablement dans ses pantoufles bourgeoises. “La Tour, poursuit l’article, fut toujours composée, maintenant et encore, de personnalités bisontines assez en vue qui aimaient à se retrouver tranquillement autour d’une table d’échecs à la Brasserie Granvelle, aux jours et heures fixés, dans une atmosphère de bonne camaraderie.”

Maurice Thuriet à gauche en juin 1972 , Coupe des Échecs à la MPT de la Grette, cliché de Bernard Faille pour l’Est Républicain.

On peut comprendre que de plus jeunes joueurs eurent envie de quitter ces pantouflarderies bourgeoises pour des croquenots plus prolétariens et, en intégrant le Roi Blanc, insuffler aux échecs une dimension plus dynamique et sportive. Ce club, émanation de la Tour Prends garde, existait déjà depuis quelques années (mars 1952, fondé par Maurice Roy, membre de la Tpg) : “Avec le développement de la ville après la guerre, poursuit Maurice Thuriet, le Cercle, qui avait atteint un effectif de 61, éprouva le besoin de créer des sections au café de la Perle à St-Ferjeux. Cette dernière devait prendre assez vite son indépendance et devenir successivement L’Échiquier Populaire Bisontin, puis L’Échiquier Bisontin et enfin Le Roi Blanc Bisontin.”

La Promenade Granvelle

Le Cercle Républicain – Clichés Michel Brignot

De tout temps,  la Promenade Granvelle fut un lieu de rencontre des joueurs d’échecs. Si, au début du siècle, les joueurs bisontins se réunissaient au Café Helder, aujourd’hui disparu, les tépégistes s’installèrent pour quelques mois, dans les années 90, presqu’un siècle plus tard, de l’autre côté du parc, dans la belle salle ancienne du Cercle Républicain prêtée par la municipalité.

Sur la première photo, le tout jeune Christophe Robbe et debout, observant les parties, Brady Diaz, le frère de Cecilia. Sur l’autre, de gauche à droite : Pascal Stefansky, Robert Viate, peut être Pierre Alain Bex, un suisse qui jouait avec nous, Serge Zaragoza, Jean-Robert Vesin, Barbara Pilotelle, Philippe Guyot, Maxelend Coulon, Fabrice Janier (le célèbre créateur de l’attaque du même nom qui reste dans toutes les mémoires des vieux tépégistes), Jean-Pierre Bonneville et Bernard Pelatton.

Une simultanée de Jean-Rober Vesin – L’Est Républicain du 30 août 1991

Lieu de passage vers le centre-ville, nous y organisâmes pour débuter les saisons, de nombreuses simultanées en plein air où s’arrêtaient de nombreux badauds bisontins. Au premier plan, la famille Diaz au complet : Cecilia, Brady, notre regretté Porfirio et Elvira Diaz. Le joueur en cinquième position, apparemment très satisfait d’être sur la photo, est notre ami Thierry Vernier, me semble-t-il.

UNE RÉFLEXION SUR « LA PROMENADE GRANVELLE »

Acte de naissance

Journal officiel de la République française. Lois et décrets du vendredi 16 mars 1929, Bnf

Notre Tour, presque nonagénaire, est née en 1929, mais saviez-vous que c’est exactement le 6 mars 1929 qu’elle fut portée sur les fonts baptismaux du Journal Officiel. C’est avec étonnement que je découvre sur le site Gallica – Bnf son extrait de naissance. Sous ce nom de famille un peu guindé, Cercle d’échecs de Besançon, c’est bien notre bonne vielle Tpg qui voit le jour à la Brasserie Granvelle.


Ce n’est qu’assez récemment, peut-être vers les années 2000, que nous changeâmes ce cercle peut-être par trop élitiste par ce club plus british, mais surtout plus démocratique.

Granvelle et les échecs : une histoire d’amour qui dure. La Société des échecs de Besançon, sans doute l’aïeule de la Tpg, se réunissait déjà au Café Helder sur cette promenade aimée des Bisontins de la Belle Époque.

Septembre 1959 – Échecs au café Granvelle, photographies de Bernard Faille, Est Républicain.
On aperçoit sur la gauche, les colonnades, vestige du Café Helder détruit 4 ans avant la naissance de la Tpg.

Circonstances atténuantes

Le Progrès de la Côte-d’Or, 19 mai 1933

1933, nous ne sommes pas si loin de la naissance en 1929 de notre nonagénaire Tpg. En page 4 du Progrès de la Côte-d’Or du 19 mai 1933, une image indirecte et peu flatteuse, peut-être quelque peu partisane, de notre vielle dame par nos adversaires d’alors, le Cercle Dijonnais, dans ce style si réjouissant de ces époques-là. Pourrait-on imaginer aujourd’hui un tel article relatant une de nos équipées en Nationale I ?

Dimanche matin 7 courant, par une pluie battante, ils partaient dans les autos des amis Bril, Delavelle, Picard et Damidot. Des dames faisaient partie de l’expédition. Ils partaient pleins de confiance à Besançon pour disputer le match arrêté avec le Cercle d’Échecs de cette ville depuis un certain temps. Pour diverses raisons, ce match avait connu remise sur remise et les joueurs du Cercle Dijonnais tenaient d’autant plus à se mesurer à nouveau avec leurs partenaires de Besançon que ceux-ci leur avaient infligé deux défaites sévères. À des joueurs moins enthousiastes, il eût semblé que la victoire était impossible, étant donné la classe des Bisontins, mais l’émulation de certains avait entraîné les autres et de sérieux progrès avaient pu être constatés chez tous les membres du Cercle. Ceci explique la confiance en soi de chacun de nos joueurs locaux et ils ne s’étaient pas surestimés, puisque dimanche soir, ils rentraient ici en vainqueurs par 13 points contre 7 à Besançon. Il est toujours extrêmement délicat de se décerner des compliments et malséant de se glorifier d’une victoire. Cependant, n’ayant pas eu l’honneur de faire partie de la phalange des joueurs chargés de défendre les couleurs de Dijon, il m’est permis de manifester ma joie de cette victoire bien méritée et d’adresser toutes mes félicitations aux gagnants. Je ne ferai aucune distinction entre eux, bien que certains aient réglé leurs adversaires d’une façon magistrale, et je me contenterai simplement de plaindre ce pauvre ami Colomb, contraint de rester assis pendant dix heures en face d’un échiquier pour faire deux parties. Il en avait, de ce fait, perdu le boire et le manger. Dans la presse, le Cercle de Besançon plaide les circonstances atténuantes : manque d’entraînement, équipe dijonnaise très homogène avec un joueur de première force. Il est exact, Messieurs de Besançon, que jusqu’au dimanche 7 mai vous nous aviez battus et puisque vous estimez que la défaite est trop grande et qu’elle laisse supposer une différence de classe qui n’existe certainement pas — certainement est peut-être un peu ôsé — le Cercle Dijonnais d’Échec se fait un plaisir de vous offrir votre revanche dés que vous le désirerez — les meilleurs gagneront —. M. Picard pourra apporter sa pendule, elle sera utile, car notre ami Colomb n’est déjà pas si gras.

Voici la composition des équipes et le nombre de parties gagnées par chacun des joueurs :
Dijon : R. Colomb, 2 ; Hall, 2 ; Puype, 0 ; E. Colomb, 1 ; Switalsky, 1 ; Kulkès. 1 ; Reutemaiin, 2 ; Roudniclc, 1 ; Norgia, 2 ; Sirdey, 1. To tal : 13.
Besançon : Fraiberger, 0 ; Picard, 0, Schwartz, 2 ; Poincenot. 1 ; Bern. 1 ; Betts. 1 ; Reingervietz, 0 ; Weiss, 1 ; Charlier, 0 ; Farine, 1. Total : 7.

La gloire de JR

L’Est Républicain du 17 août 1986. Un clic pour agrandir.

1929-2019 ! Dans un an, nous fêterons les quatre-vingt dix ans de la Tour Prends Garde. Pourquoi, me direz-vous, ne pas attendre le prestigieux centenaire de cette vielle dame en bonne santé. C’est que, si notre tour a encore tous ses créneaux, certains d’entre nous commencent quelque peu à se décrépir et se lézarder et craignent, le moment venu, de ne plus avoir le souffle pour grimper sur le chemin de ronde et tirer les feux d’artifice en son honneur. À l’initiative de Bernard Pellaton, ce souhait de retracer l’histoire de la Tpg au travers de la presse. Un travail de fourmis à farfouiller dans nos archives et dans celle de la presse locale. Chaque dimanche, une coupure de presse vous rappellera peut-être quelques souvenirs nostalgiques. Cette rubrique sera aussi la vôtre. N’hésitez pas à intervenir, envoyant anecdotes, documents et photographies jaunies.

Souvenirs

Affiche des années soixante-dix

Trouver une salle est toujours problématique pour un club et, pendant des années, les joueurs d’Échecs bisontins se réunirent à la Brasserie Brelin, située Square Saint-Amour, établissement aujourd’hui disparu.

En 1976, un cliché de Bernard Faille, journaliste à l’Est Républicain. Au centre, à droite : Robert Poly, le président de l’époque et Gábor Hajnóczi.

RÉFLEXION SUR « LA BRASSERIE BRELIN »

  1. Je me souviens de cette brasserie dans les années 80, il y a une banque a la place aujourd’hui, mais je ne connaissais pas encore la Tpg, j’étais à Besançon depuis quelques mois seulement et je fréquentais ce bar de temps en temps. C’était assez sympatrique… Nostalgie, je suis ému.