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Les seuls « Échecs » de nos poilus

En hommage à nos poilus en ce jour du 11 novembre, ce petit article parut dans la rubrique Récréations du Petit Journal titré :

LES SEULS « ÉCHECS » QUE CONNAISSENT NOS POILUS

Le Petit Journal, supplément du dimanche 16 décembre 1917

Le « royal jeu » constitue une distraction intellectuelle (de plus en plus en honneur dans les tranchées et de plus en plus goûtée par nos poilus. Un de nos aimables correspondants, M. A. Lelorrain, du … régiment d’artillerie lourde, nous communique à ce sujet l’intéressante photo ci-contre, prise dans un abri souterrain des environs de Verdun, et qui nous montre l’ingénieux dispositif par lequel une simple planchette suspendue à l’aide de ficelles qui coulissent dans deux pitons, remplace la table de jeu supportant d’ordinaire l’échiquier. Malgré de violents bombardements, la « séance continue » et les deux partenaires conservent un calme et une attention absolument… « café Régence ». La partie terminée ou le problème hebdomadaire résolu, le jeu se remonte au plafond pour laisser le passage libre. Avis à ses camarades : l’auteur ajoute plaisamment qu’il est résolu à ne faire aucune demande en dépôt de brevet d invention, bien que le système soit S.G.D.G.

Un clic pour l’article en grand

La Tpg sur Radio Sud


Une interview passée en direct, ce vendredi, à Radio-Sud à 12 h 30 sur nos Échecs au Parc. La voix chevrote un petit peu, mais l’essentiel est passé : l’importance éducative des échecs pour les enfants.

DEUX RÉFLEXION SUR « LA TPG SUR RADIO SUD »

Arthur au Championnat de France

Un bel article de Mme Marie-Josée Tholozan sur notre Arthur. Souhaitons la rencontrer à nouveau fin avril pour annoncer la victoire d’Arthur aux futurs championnats de France !

Est Républicain du jeudi 28 février 2020.

UNE RÉFLEXION SUR « ARTHUR AU CHAMPIONNAT DE FRANCE »

  1. Mon astral ami, voilà un grand débat ! Pas faute de le répéter : la Fédération française des échecs (FFE) a reçu l’agrément du ministère chargé des sports en janvier 2000. Elle est la seule fédération des sports cérébraux, je crois, à détenir cet agrément. Les journalistes de l’Est Républicain le savent bien d’ailleurs, car en février 2017, ils avaient lancé ce débat : Les échecs sont-ils un sport ?

Promotion

Dans la rubrique Sortir de l’Est Républicain du samedi 14 septembre.

Nous avions invité, samedi après-midi, un journaliste de l’Est à notre simultanée. Je ne m’étais pas aperçu qu’il avait fait le travail en amont, publiant le matin même ce petit article dans la rubrique Sortir. Petit brin de promotion toujours utile en ce début de saison.

L’ancien club des échecs de Besançon

Notre ami Pascal Tournier me fait parvenir cet article (dont pour l’instant, je ne connais pas l’origine) qu’il dénicha, il y a quelques années, à la Bibliothèque d’étude et de conservation. Adrien Nicklès, pharmacien à Besançon (1853-1936), y conte ses souvenirs du Cercle des Échecs fondé en 1868, sans doute autre nom de la Société des Échecs de Besançon¹, relatant la vie et la mort de cette association. Mais, comme le Sphinx légendaire, elle renaîtra de ses cendres quelques années plus tard pour donner naissance à la Tour Prends Garde. L’article suivant, évoquant le film Le Simoun sorti en salle en décembre 1933, nous donne une date pour cet écrit. Étonnant que l’auteur n’y parle pas de notre Tpg créée pourtant, toujours à la Brasserie Granvelle, en 1929. Peut-être que, pour ce vieux bonhomme de 80 ans, les jeunots à l’initiative de cette toute nouvelle Tour étaient-ils des « rigolos » ? Je suis étonné également de ne pas y lire le nom de Charles-Jules-Nestor Bavoux, l’un des fondateurs de l’École des Beaux-Arts de Besançon, président à l’origine de cette éminente société.

« La disparition des baraques auxquelles, du côté de la rue de la Préfecture, le grand mur du Palais Granvelle servait de support, ravive, dans le cœur de quelques anciens, le souvenir d’une petite société qui eut son temps de splendeur. Il s’agit du Cercle des Échecs, qui fut fondé en 1868 par un petit groupe d’amateurs dont faisaient partie le conseiller Clère, le marquis Sylvestre de Jourfroy², Phil. Faucompré³, Cretin, les peintres de Lispré et Honoré Chapuis, etc. André Zani⁴ fut le dernier survivant des fondateurs de ce groupe, cette Faculté des Échecs, qui se réunissait dans une petite salle du Café Granvelle. La renommée du Cercle dépassait les limites de la Franche-Comté. De grands et célèbres joueurs de l’époque venaient s’y mesurer avec nos as.

Après la guerre de 1870, de nombreux adeptes vinrent grossir le groupe initial. Les colonels de l’Eglise, Rossigneux, Ferreux, de nombreux officiers de tous grades : Bretenet, Roisin, Guillemenot, Busy, Jager, Bourgoignon, etc. Puis Bernard Dietrich, les Antoine, Laureaux Ligier, surnommé Barodet à cause de ses opinions avancées !! (le pauvre ne serait aujourd’hui qu’un vulgaire réactionnaire), Mandereau, Contausset, Delacroix, Baudin, Sirot, le père Zorn, Nicklès, etc., etc. Franche camaraderie et bonne humeur régnaient en maître dans ce cénacle où se côtoyaient les opinions les plus opposées. Les tics et petites manies individuelles s’y donnaient libre allure au cours des parties engagées. Chacun, suivant son tempérament, trouvait ses inspirations en chantonnant quelques mesures, toujours les mêmes, d’un air favori, trouvait ses plus beaux coups en mâchant entre ses dents un bout de son mouchoir, pendant qu’entre ses doigts, il faisait grincer les pièces capturées. Un beau coup pour F…, c’étais un coup viandeux. Pendant les parties en train , c’était une cacophonie déconcertante pour un non-initié, cacophonie ambiante qui n’a jamais distrait Barodet⁵ de la création des problèmes d’échecs et de dames que, pendant de longues années, il envoya au Monde illustré.

Le colonel Rossigneux, un de nos forts joueurs, était d’une distraction digne d’un fort en X… Quelques camarades, un jour, arrivent au Cercle à l’heure habituelle des séances du soir. Ils voient le colonel absorbé sur son échiquier. Sans répondre au salut des arrivants, il leur dit : « Je vous laisse ; ma sœur s’inquiéterait si elle ne me voyait pas ne pas rentrer pour déjeuner ! » Entré au Cercle avant midi, il s’était oublié jusqu’à 5 heures à la recherche de solutions.

Le jour des réunions générales était jour de liesse. La séance officielle était suivie d’un concert improvisé au cours duquel de nombreux talents cachés de pianistes, guitaristes, chanteurs se donnaient libre cours.

Les rayons de notre bibliothèque étaient riches en journaux et ouvrages qui facilitaient l’étude des grandes parties classiques. C’est surtout à l’occasion des tournois qu’ils étaient mis à contribution. Il y en eut des passionnants, de ces tournois dont certains nous valurent d’honorables mentions. Quand, par cartes ou télégrammes, nous parvenaient les réponses des concurrents, le grand sanhédrin se réunissait au complet pour la discussion de la pièce à manœuvrer. Dans un de ces grands tournois, nous aurions décroché, au lieu du second, le premier prix sans l’insistance d’un camarade, auquel on eut le grand tort de céder, et qui fit avancer une pièce qui n’était pas la bonne.

Honoré Chapuis (1798 -1896), le peintre cité plus haut – Un coin de Granvelle, 1891.
Ce coin, opposé à la Brasserie Granvelle, n’est autre que le Pavillon du Helder,
détruit en 1925, où se réunissaient les joueurs bisontins de la Belle Époque.
Crédit image : avec l’aimable autorisation de Burston & Hewett.

Nous sommes, dit-on, presque [… ] mortels ; même les sociétés les mieux assises courent au-devant de cette éventualité. Il fut indispensable, à un moment donné, d’accentuer le recrutement. Ce fut, hélas ! le début du déclin. Les cartes, graduellement, prirent le dessus au détriment du noble jeu des Échecs et des Dames. Le nombre, toujours grossissant de nos sociétaires nous obligea à déménager ; d’abord au Pavillon du Helder, puis à la Brasserie Viennoise. La vogue fut-elle que nous fûmes obligés de limiter à cent le nombre de nos sociétaires, et il y avait toujours une longue liste de candidats qui attendaient leur tour d’admission. Mais survint la guerre, et avec elle la fatale et graduelle débandade. Le chiffre réduit des camarades nous ramena à notre primitif Granvelle. C’est là qu’était né, c’est là que s’éteignit, il y a quelques années, notre regretté Cercle des Échecs. »

Adr. Nicklès

Les rescapés du naufrage continuèrent cependant à s’y rencontrer et c’est là, qu’à son arrivée à Besançon en 1927, Picard retrouva Zani, Poincenot, le Commandant Guilleminot et quelques autres avec lesquelles, en 1929, il reconstitua légalement le Cercle d’Échecs de Besançon et édita sous le titre « La Tour Prends Garde » un bulletin de liaison pour lequel il eut des abonnés jusqu’en Australie. C’est du fait de ce bulletin que le cercle fut couramment dénommé la « Tour Prends Garde ». En 2029, tous fiérots, nous fêterons notre centenaire, mais, en fait, c’est de 161 ans d’existence dont notre association pourra s’enorgueillir !

¹ À moins qu’il eut, à la fin du XIXe, deux sociétés échiquéennes dans notre cité. Ce dont je doute fort.
² De la famille de Claude François Dorothée de Jouffroy d’Abbans, le célèbre franc-comtois, inventeur des bateaux à vapeur.
³ Peut-être Philippe Charles Faucompré (né et mort à Besançon 1843 – 1902), professeur d’Agriculture. Il habita rue Granvelle à deux pas de son club.
⁴ Francesco Andrea ‘André’ Zani, décédé le 5 février 1932 à Besançon à l’âge de 89 ans (les échecs conservent). Son père, Carlo Giuseppe émigre d’Italie pour exercer dans notre bonne ville la profession de ramoneur ! Les Zani étaient issus d’une longue lignée de ramoneurs et de fumistes piémontais, originaires de la Vallée des Peintres, près du Lac Majeur. Un marquis de la vieille noblesse française et un fils de fumiste, face à face, de part et d’autre de l’échiquier, prouve que cette société n’était point trop élitiste.
⁵ Le fameux Barodet, alias Laureaux Ligier, après quelques recherches dans le Monde Illustré, s’appelait en fait Clément Ligier. Il envoyait à cette revue très régulièrement  des problèmes de Dames. Voici cependant un problème d’échecs, le N°  1094 du 22 mai 1886 :

Le Monde Illustré du 22 mai 1886

Membre fondateur

Voici une partie de M. Zani datant de 1885 au cours du tournoi par correspondance, organisé par Charles Bavoux. Zani fut sans doute un des membres-fondateurs avec Picard de la Tour Prends Garde. Il joue contre son président d’alors qu’il malmène sans vergogne : le peintre Charles Bavoux.

Le Monde Illustré du 17 octobre 1885

D’autres parties de Zani dans le Monde Illustré.

Une partie fin de siècle

Le Monde illustré du 17 décembre 1887 (un clic pour l’article en grand format)

Le Monde illustré était un hebdomadaire français d’actualités, édité de 1857 à 1940 et de 1945 à 1956. Dans son édition du 17 décembre 1887, il publiait à titre posthume une partie de Charles Bavoux, président de la Société des échecs de Besançon, décédé quelques mois plus tôt. Partie par correspondance d’un tournoi organisé par Bavoux et La Stratégie, mensuel d’échecs fondé par Jean Pietri, édité de 1867 et 1940. La notation est encore descriptive dans cette fin du XIXe. C. 3 FD signifie : le N se rend sur la 3eme case de la colonne du B de la Q soit Nc3 ! Je vous laisse décoder les commentaires de S. Rosenthal¹, le spécialiste échecs de cette antique revue. Voici la partie en notation algébrique, analysée par Alexeï. Je rappelle que vous pouvez suivre la partie sur un échiquier en cliquant sur la notation.

D’autres parties de Charles Bavoux dans le Monde Illustré.

Le Monde illustré du 28 janvier 1888

Si j’évoque si souvent dans ces articles consacrés à notre Tpg, cette Société des Échecs de Besançon et son président, c’est qu’il existe un rapport de filiation direct. Quand, après l’interlude si meurtrier que fut la Grande Guerre, cette société se dissout, c’est bien ses anciens membres que rencontre à la Brasserie Granvelle M. Picard, ce Bisontin de fraîche date, et c’est avec eux qu’il fonde le Cercle d’Échecs de Besançon, La Tour Prends Garde. Parmi eux, Zani, qui devait être alors un vieux bonhomme, car il participait déjà à ce tournoi par correspondance qui débuta le 10 avril 1885. Organisé par Charles Bavoux, il dura deux ans et neuf mois. Le droit d’inscription était de 12 F (environ 36 €) et devait être envoyé à M. Bavoux, 21 rue Charles Nodier. L’histoire de notre club est donc plus que centenaire et remonte, sans doute, avant la Guerre de 70.

¹ Samuel Rosenthal, né en 1837 à Suwałki en Pologne alors dans l’Empire russe, était un Maître d’échecs et journaliste franco-polonais. Éditeur du journal d’échecs français La Stratégie, il publiait une multitude de rubriques dans différents journaux, entre autres de 1885 à 1902 celle du Monde Illustré et gagnait de quoi vivre en enseignant les échecs. Après Wilhelm Steinitz, il est sans doute celui qui réussit le mieux matériellement dans cette fin de XIXe siècle. Ces titres de gloire : il battut Adolf Anderssen et deux fois Wilhelm Steinitz. Il mourut le 12 septembre 1902 à Neuilly-sur-Seine.

Rubrique Nécrologie

Le Monde Illustré du 9 avril 1887 – Un clic pour l’article en grand.

Voici ce que l’on pouvait lire dans le Monde Illustré du 9 avril 1887 : “Une nouvelle bien triste nous a été communiquée cette semaine. Le monde échiquéen vient de perdre un de ses membres les plus actifs, M. Bavaux, de Besançon. M. Bavaux, qui s’était signalé dès sa jeunesse par de grandes dispositions pour la peinture, avait été arrêté de bonne heure dans sa carrière d’artiste par une paralysie partielle. Les échecs devinrent alors sa principale distraction et il en avait fait une étude approfondie, ce dont on a pu juger par les parties vraiment remarquables que nous avons publiées ici même.
D’un charmant caractère et d’un commerce très agréable, il prenait le plus vif intérêt à nos luttes. Il avait organisé, de concert avec M. Clerc, alors conseiller à la cour de Besançon, un cercle d’échecs dans cette ville, et ce cercle est en ce moment un des plus florissants de la province.
Dernièrement, il s’était fait le promoteur d’un tournoi départemental pour lequel un prix a été accordé sur sa demande par M. le président de la République. En même temps qu’il présidait ce tournoi, il y prenait part comme champion et il en sera probablement le vainqueur posthume.
Puissions-nous, par notre hommage sympathique à la mémoire de cet homme de bien, adoucir les regrets de sa famille et de ses amis.”

S. Rosenthal

Il faut lire, bien sûr, Charles Bavoux, ce peintre franc-comtois et président de l’aïeule de notre Tpg, la Société des échecs de Besançon. Né à Villers-le-Lac le 27 janvier 1824 et mort à Besançon le 21 mars 1887, il fut d’abord élève de l’école de dessin de Besançon dès 1846, puis en devint professeur de 1852 à 1872. Entre temps, il fréquenta les Beaux Arts de Paris (atelier de Picot) et exposa aux Salons de Paris de 1857 à 1882. Son nom, écrit Maurice Thuriet dans son article de 1970,  “apparaît pour la première fois officiellement dans la grande revue spécialisée de l’époque La Statégie à l’occasion de la formation au mois de juillet 1874 d’une « association française de joueurs d’échecs », dont le siège devait être naturellement à Paris. Ce n’est que 10 ans plus tard que Bavoux fait à nouveau parler de lui en organisant un tournoi national par correspondance, annoncé comme suit : Les amateurs d’échecs sont et seront reconnaissants à M. le Président de la République de la généreuse protection qu’il veut bien accorder aux échecs. Trois tournois nationaux ont déjà lieu à Paris sous son bienveillant patronage, mais comme les amateurs de province n’ont pu prendre part à ces luttes à cause du long séjour qu’ils auraient dû faire, M. Jules Grevy, sur la prière de M. Bavoux, Président honoraire de la Société des Échecs de Besançon, a bien voulu offrir un vase vénitien provenant de la manufacture de Sèvres, pour premier prix d’un tournoi d’échecs par correspondance entre les amateurs des départements français et algériens. Le tournoi débuta le 1er avril 1885 avec 14 concurrents. Il dura 2 ans et 9 mois. Bavoux devait gagner toutes les parties jouées, mais son décès survint avant que la coupe ne puisse lui être remise.”