Archives de catégorie : Rappel

Joueurs de tous les pays, unissez-vous !

Fernand Mamy et le Roi blanc – Une coupure de presse d’origine inconnue

Quelques souvenirs du Roi Blanc Bisontin par Bernard Pellaton

Étudiant à Besançon, je suis arrivé par hasard au Roi Blanc Bisontin fin 1972. Le Président était Roland Scamps. Je pense (je n’en suis pas sûr) qu’il avait dû succéder à Fernand Mamy. À cette époque, il y avait eu, comme c’est assez bien relaté dans les coupures de presse du Comtois que Claude a retrouvé, quelques « différents » avec les responsables de la TPG, souvent qualifiés de « bourgeois élitistes » à peine capables de maintenir leurs supposées prérogatives sur les échecs bisontins. Pour caricaturer, les tépégistes fumaient le cigare et jouaient dans les cafés (plutôt une brasserie assez chic) alors que les responsables du Roi Blanc Bisontin¹ travaillaient pour « le peuple » à la MJC de la Grette. C’est à peu près ainsi qu’on m’avait décrit le paysage échiquéen bisontin.

Maurice Thuriet et Fernand Mamy, les présidents de la Tpg et du Roi Blanc

Une autre scission eut lieu aussi à l’intérieur du Roi Blanc. Les meilleurs joueurs, Max Coulon et Fernand Mamy, Jacob (c’est son nom, je ne me souviens plus de son prénom) et Jean Paul Bourgeois, ne pouvant plus participer au championnat par équipe régional², ont décidé de créer une structure « les indépendants » qui leur permettrait de jouer cette compétition. De sorte que le Roi Blanc Bisontin, qui avait encore je pense une quarantaine d’adhérents, dont Jean Sermier et Alain peut-être un peu plus tard, quand je suis arrivé, a perdu peu à peu de son influence et je me suis retrouvé cinq ans après en 1978 bien seul. Entre temps, on m’avait refilé la présidence que j’avais accepté maladroitement. Et arriva ce qui devait arriver… Un vendredi soir de novembre, seul dans cette grande salle de la Maison de la Grette et au bord de la déprime, j’ai décidé de rejoindre avec tout le matériel les tépégistes. J’avais peur qu’on ne m’accepte pas, mais grâce à mon niveau échiquéen déjà fort correct à l’époque (mon elo était je crois de 1940³) tout se passa bien. Et depuis maintenant 40 ans, je suis fidèle à la TPG. Bien sûr, je n’ai jamais dissous officiellement le Roi Blanc. Jamais trop prudent, je m’étais dit qu’en cas de naufrage de la TPG, une structure existante, même en sommeil, pourrait être utile.

À cette époque, les échecs bisontins étaient très dynamiques puisqu’un quatrième club existait : le Club Universitaire dirigé par Bruno Aebischer, considéré à l’époque comme l’un des meilleurs joueurs de la ligue. Il a arrêté de jouer depuis et, est devenu un universitaire brillant. Docteur en mathématiques, ses travaux de recherche font référence pour de nombreux étudiants.

Bernard Pellaton

¹ Le Roi Blanc Bisontin était en relation directe avec le Roi Blanc Peugeot (les mauvaises langues disaient plutôt qu’il était la succursale bisontine du club de Montbéliard). Son Président Louis Arcon, réfugié politique espagnol, avait eu « quelques soucis » avec le régime franquiste. Personnage passionnant, haut en couleurs, fumant toujours son cigare avec élégance, Louis Arcon organisait à Montbéliard des journées échiquéennes rassemblant 500 joueurs chaque année en mai. Cette compétition était considérée dans les années 1970 comme le plus grand rassemblement échiquéen occidental. J’ai eu la chance de participer quelques années à ces journées et c’était à chaque fois phénoménal.
² Il n’y avait à l’époque pas de championnats par équipes nationaux. Existaient seulement des championnats organisés à l’intérieur de la Ligue par équipes de 5 joueurs. Les autres possibilités de rencontrer par équipes des joueurs d’autres Ligues étaient la Coupe de France mais aussi les inter-ligues (une sélection des 14 meilleurs joueurs de la Ligue).
³ Le elo est apparu, je crois, en 1976/77. Avant, les joueurs étaient classés par catégories par… le président du club. C’était la belle époque ! La cinquième catégorie était réservée aux joueurs estimés moins de 1400, la quatrième de 1400 à 1600, la troisième de 1600 à 1800, la deuxième de 1800 à 2000, la première de 2000 à 2200. Au-delà, on avait droit au titre de maître national.

Chaque dimanche, une coupure de presse vous rappellera peut-être quelques souvenirs nostalgiques. Cette rubrique sera aussi la vôtre. N’hésitez pas à intervenir, envoyant anecdotes, documents et photographies jaunies.

UNE RÉFLEXION SUR « JOUEURS DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS ! »

  1. Un oubli de Bernard… Le club du lycée Victor Hugo : Le Pion Gênant. Le lycée Victor Hugo était à la place du collège du Centre à l’époque. J’ai intégré ce club en 1974 et c’est là que j’ai fait mes premières armes aidé par un fort joueur de l’époque (qui était en Maths Sup) : Patrick Didiergeorge.

La Promenade Granvelle

Le Cercle Républicain – Clichés Michel Brignot

De tout temps,  la Promenade Granvelle fut un lieu de rencontre des joueurs d’échecs. Si, au début du siècle, les joueurs bisontins se réunissaient au Café Helder, aujourd’hui disparu, les tépégistes s’installèrent pour quelques mois, dans les années 90, presqu’un siècle plus tard, de l’autre côté du parc, dans la belle salle ancienne du Cercle Républicain prêtée par la municipalité.

Sur la première photo, le tout jeune Christophe Robbe et debout, observant les parties, Brady Diaz, le frère de Cecilia. Sur l’autre, de gauche à droite : Pascal Stefansky, Robert Viate, peut être Pierre Alain Bex, un suisse qui jouait avec nous, Serge Zaragoza, Jean-Robert Vesin, Barbara Pilotelle, Philippe Guyot, Maxelend Coulon, Fabrice Janier (le célèbre créateur de l’attaque du même nom qui reste dans toutes les mémoires des vieux tépégistes), Jean-Pierre Bonneville et Bernard Pelatton.

Une simultanée de Jean-Rober Vesin – L’Est Républicain du 30 août 1991

Lieu de passage vers le centre-ville, nous y organisâmes pour débuter les saisons, de nombreuses simultanées en plein air où s’arrêtaient de nombreux badauds bisontins. Au premier plan, la famille Diaz au complet : Cecilia, Brady, notre regretté Porfirio et Elvira Diaz. Le joueur en cinquième position, apparemment très satisfait d’être sur la photo, est notre ami Thierry Vernier, me semble-t-il.

UNE RÉFLEXION SUR « LA PROMENADE GRANVELLE »

LAISSER UN COMME

La jeunesse montre l’homme…

… comme le matin montre le jour


Si dans ces pages, nous vantons régulièrement les mérites de nos vieux routiers, nous oublions trop souvent la nouvelle génération qui pourtant ne démérite point. Pour réparer cette injustice, un coup de projecteur sur notre benjamin Goma-Rayan Roger à la septième place du tournoi de printemps à 4 ½ avec la meilleure perf FIDE à +26,27 (déjà +33,04 au tournoi d’automne) et à la progression spectaculaire de 528 points en un an ! Il s’est prêté avec le sérieux que nous lui connaissons à un petit jeu de questions-réponses :

Rayan à droite et ses deux compères Chadi Kassab et Evan Dromard

Rayan, comment as-tu découvert les échecs ?
Je joue aux échecs depuis que j’ai 9 ans (classe de CE2). J’ai découvert les échecs d’une des façons les plus étonnantes et improbables : étant assez curieux quand j’étais petit, j’avais essayé plein de jeux et d’activités pédagogiques sur mon ordinateur. J’ai alors trouvé un programme d’échecs installé, avec les règles du jeu. J’essayais de déplacer mes pièces, de faire des échecs… Mais je perdais à chaque fois ! J’ai fini par gagner après quelques années de pratique au club. Par le plus grand des hasards, mon père s’était fait une connaissance qui jouait aux échecs, le tépégiste Marc Malaisé. Marc pensait que les échecs pouvaient m’intéresser, sans savoir que j’essayais d’y jouer sur mon ordinateur. C’est comme ça que Marc est venu chez moi. Il m’apprit d’abord le déplacement des pièces que j’avais du mal à retenir avec mon ordinateur et me conseilla alors de m’inscrire au club, ce que je fis l’année suivante.

Pourquoi joues-tu aux échecs ?
Je joue aux échecs, car j’adore réfléchir sur une position pour trouver la stratégie gagnante, ainsi que toutes les émotions qui me traversent quand je gagne.

Qu’est ce qui te donnes envie de jouer aux échecs et que ressens-tu quand tu perds ? Quand tu gagnes ? 
Le fait de réfléchir dans une partie passionnante où il ne faut pas relâcher l’attention, ainsi que le gain en fin de partie et que j’ai l’impression d’avoir bien joué. La victoire me donne envie de jouer pour gagner à nouveau et éprouver cette satisfaction. Dans la défaite, je suis souvent dégoûté et j’ai encore plus envie de jouer que quand je gagne, afin de me surpasser et gagner.

Qu’est-ce qui t’intéresses dans ce jeu et que t’ont appris les échecs ?
Les échecs permettent d’apprendre à réfléchir et à mémoriser. Ils permettent aussi de s’exercer à prendre des risques réfléchis et non-suicidaires. C’est le fait de la multitude de parties différentes à jouer et la précision avec laquelle il faut jouer (on peut passer d’une position ultra gagnante, mais perdre sur une imprécision). Ils m’ont appris que rien n’est gagné par avance et qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Beaucoup d’adolescents arrêtent de jouer. Pourquoi continues-tu à jouer aux échecs ? 
Je continue, car depuis que j’ai commencé, j’ai toujours aimé les échecs et j’espère toujours les aimer.

Que pensent tes copains quand ils apprennent que tu joues aux échecs ?
Souvent, ils me disent qu’eux aussi jouent en famille et parviennent à battre leurs parents. Ils trouvent les échecs intéressants, mais sans plus. Certains veulent parier contre moi qu’ils pourront me battre. Un copain m’a même proposé un pari d’argent : le perdant donne 5 euros au gagnant. J’ai bien sûr accepté et je l’ai battu à plat de couture, mais je lui ai dit de garder son argent.

Combien de temps passes-tu pour étudier les échecs ?
Souvent, en rentrant des cours, je joue un peu, un peu avant de m’endormir, je regarde aussi les livres… Ça varie en fonction de mon temps libre. Je passe en moyenne une à deux heures par jour à jouer aux échecs.

Penses-tu que les échecs ne sont qu’un jeu ou quelque chose de plus ?
Beaucoup plus qu’un jeu ! Ils permettent de développer plusieurs facultés : concentration, mémoire, calcul, gérer des situations difficiles…

Que penses-tu de notre club ?
La Tpg est un club convivial qui propose plusieurs créneaux horaires pour ceux qui veulent apprendre à jouer aux échecs ainsi que plusieurs initiations et aussi les Échecs au parc. Les jeunes y sont bien accueillis et bien accompagnés dans leur apprentissage des échecs.

Selon toi que faudrait-il faire pour que plus de jeunes viennent au club ?
Les échecs ont l’image d’un sport ennuyeux. Les parents n’ont pas forcément envie d’inscrire leur enfant en club. Nous organisons plusieurs tournois et activités pour faire découvrir les échecs, mais je pense que c’est dans les écoles que les maîtres et les maîtresses doivent initier les élèves.

« La jeunesse montre l’homme comme le matin montre le jour. » John Milton, Paradis retrouvé.

2 RÉFLEXIONS SUR « LA JEUNESSE MONTRE L’HOMME… »

  1. Nul doute que Ryan est promis à un bel avenir !
    Bel interview et belle mentalité de ce jeune joueur…moi, j’aurai sans vergogne pris les 5 euros ; un pari est un pari !

  2. Je salue cette belle initiative de notre webmaster préféré. Les propos de Ryan sont très intéressants à entendre. J’ajouterai qu’en tant que directeur technique et arbitre, j’ai souvent sollicité Ryan pour participer aux différentes compétitions par équipe et il a toujours répondu favorablement à mes demandes. Un jeune passionné par notre jeu et un bel avenir s’ouvre devant lui.
    Bravo Rayan !

    Amicalement, jfc