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Le Quiz

Depuis quand, les Blancs jouent-ils en premier : le Moyen-Âge, l’époque de Philidor, la fin du XIXe ?

Bravo au 2 tpgistes qui ont trouvé la bonne réponse !

J’étais bien persuadé que vous ne trouveriez pas la bonne réponse, car elle est surprenante ! Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la pratique des Blancs jouant en premier n’était pas encore devenue une norme. Il est pour nous, aujourd’hui, une évidence, en nous installant devant l’échiquier, que les Blancs auront le trait. Et pourtant, cette convention est plus récente qu’on ne le croit. Reliquat peut-être de l’esprit chevaleresque d’antan, d’un Messieurs les Anglais, tirez les premiers. François-André Danican Philidor, dans l’édition originale de son célèbre traité Analyse du jeu des Échecs, cite un partie dans laquelle les Noirs se déplacent en premier :

Analyse du jeu des échecs de Philidor

Phillip Sergeant, dans son A History of British Echecs rappelait qu’Alexander McDonnel (1798-1835), au cours du match qui l’opposa à Labourdonnais, préférait avoir les Noirs en tant que premier ou deuxième joueur. C’était une mode courante à cette époque, qui persista chez un grand nombre de joueurs. Dans l’Immortelle d’Adolf Anderssen contre Lionel Kieseritzky, le 21 juin 1851 à Londres, partie devenue célèbre pour les sacrifices audacieux (deux tours, un fou et une dame), Anderssen a les Noirs, mais joua en premier.

L’Exposition universelle de Londres attira plusieurs dizaines de milliers de visiteurs des pays étrangers. Le Britannique Howard Staunton, considéré comme le meilleur joueur de l’époque, souhaite affronter l’élite européenne. Plusieurs pays envoient leurs meilleurs joueurs et Anderssen représente l’Allemagne, un inconnu pour les Anglais. Mais, en demi-finale, en cinq parties, Anderssen élimine Staunton sur le score de 4 à 1. Une défaite que Staunton, homme sombre et orgueilleux n’apprécia guère, mais qui assoit définitivement la réputation d’Anderssen comme l’un des meilleurs joueurs de l’époque.

Adolf Anderssen et Lionel Kieseritzky

Cette partie inspira et ravit d’innombrables joueurs d’échecs. Considérée comme typique de l’ère romantique dans laquelle les joueurs aimaient sacrifier du matériel allègrement pour s’approcher rapidement du roi ennemi. Anderssen débuta également avec les Noirs dans trois de ses parties (6e, 8e et 10e) contre Paul Morphy lors du fameux match de 1858 à Paris, jouant 1.a3 e5 2.c4, une défense sicilienne avec un tempo supplémentaire.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la pratique des Blancs jouant en premier n’était pas encore devenue une norme. George Walker dans son traité populaire The Art of Chess-Play, A New Treatise on the Game of Chess (1846), énonce les règles du London’s St. George’s Chess Club : le joueur qui joue en premier a le choix de la couleur ; si les joueurs jouent plusieurs parties dans la même séance, le trait changera à chaque partie, mais chaque joueur continuera à utiliser la même couleur qu’il avait à la première partie. Staunton observe encore en 1871 que « beaucoup de joueurs cultivent toujours l’habitude idiote de jouer exclusivement avec la même couleur. »

En 1880, la règle 9 du Tournoi de New-York spécifie : « À chaque ronde, le joueur aura le trait alternativement ; à la première partie, les blancs seront déterminés par tirage au sort et joueront en premier. Dans tous les cas, le joueur ayant le trait jouera les Blancs. »

Trois ans plus tard, le Revised International Chess Code, publié au tournoi de Londres en 1883, dans sa règle 2 « Before the beginning of the first game the first move and choice of colour are determined by lot. The first move changes alternately in match play », prévoyait encore que le joueur ayant remporté le tirage au sort le droit de jouer en premier pouvait également choisir sa couleur. En 1889, Wilhelm Steinitz écrit dans The Modern Chess Instructor que « dans tous les matches et tournois internationaux et publics […] il est de règle que le premier joueur soit les Blancs. » Emanuel Lasker se sent encore obligé d’affirmer dans son Manuel, publié pour la première fois en 1927, que « les Blancs jouent le premier coup. »


De 68,8 %, vous passez à  61,1 % de réussite globale, c’est-à-dire pour une question :
une majorité de bonnes réponses  = 1pts, ½  pts pour un ballotage et 0 pour une minorité.

Le camembert indique le % de bonnes et mauvaises réponses pour l’ensemble des questions et des tépégistes.

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Qu’est-ce que le trait ?

Un sans faute, quatorze bonnes réponses, mais la question était facile. La suivante le sera moins, assurément ! Le mot trait pour indiquer celui qui doit jouer est également utilisé dans nombre d’autres jeux de société, comme les dames ou le go. Je n’en ai pas retrouvé l’origine, peut-être de l’action de tirer de l’arc, de l’arbalète et que l’on retrouve dans l’expression « décocher un trait. »

UNE RÉFLEXION SUR « LE QUIZ »

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Une majorité de mauvaises réponses. La Tpg ne marque pas de point pour cette question.

De quand date la plus ancienne partie d’échecs retranscrite : 1030, 1475 ou 1650 ?

La plus ancienne partie conservée fut jouée entre Francesco di Castellvi et Narciso Vinyoles en 1475. Francesco était un seigneur de plusieurs villes de la région de Jativa et Valence en Espagne et servit comme conseiller à la cour Argonese du roi Ferdinand. Narciso, né entre 1442 et 1447, était homme politique et écrivain. En 1495, le roi Ferdinand le recommande pour le poste de Justica pénal. Son épouse, Brianda de Santangel, était la nièce du banquier qui finança le voyage de Christophe Colomb.

Paris Bordone – Joueurs d’échecs vers 1545, huile sur toile

Francisco et Narciso sont les coauteurs d’un poème catalan Scachs d’Amor (Le Jeu d’Échecs de l’Amour). Ils furent dans les premiers à avoir montré comment jouer en concordance avec les règles modernes. Ce jeu fut conservé, non pas pour sa qualité, mais parce qu’il fut inséré dans ce texte. L’on voit que les deux joueurs ont une certaine expérience, mais sont encore imprégnés des anciennes règles (absence du roque, déplacement de la Reine de deux cases sur une diagonale 17…Qf6, comme il était conseillé au Moyen-Age). Certes, ils ne trouvent pas les meilleurs coups, surtout les Noirs, mais chacun de leurs coups à du sens. Il faut se rappeler aussi, avant de critiquer les deux amis, que les règles échiquéennes avaient beaucoup changées et qu’ils étaient un peu dans la situation où nous pourrions nous trouver, jouant les Échecs Capablanca, une variante du jeu, se jouant sur un échiquier 10 x 8. Cette plus ancienne partie débute également par la plus ancienne des ouvertures : la Défense Scandinave.

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Qui inventa la notation algébrique : Philippe Stamma, Philidor ou Howard Staunton ?

Ah ! Ah ! Les questions se corsent ! Que deux réponses, dont une bonne. La mauvaise : Howard Staunton (1810 – 1874), joueur d’échecs britannique réputé et champion du monde d’échecs officieux. Son nom est associé au style de pièces d’échecs qu’il approuva, le modèle Staunton. Ces figurines avaient été dessinées en 1849 par Nathaniel Cook, et Staunton en fut le premier promoteur. C’est le modèle que nous utilisons aujourd’hui.

La notation algébrique est un système de description des coups joués qui fut présenté la première fois en 1737 par Philippe Stamma, dit « le Syrien », dans son Essai sur le jeu des échecs, et repris dans Le Noble Jeu des Échecs. Mais ces œuvres restèrent plus ou moins dans l’ombre à la suite de sa défaite face à Philidor à Londres en 1747, dont le célèbre manuel, L’Analyse du Jeu des Échecs, utilisait une forme littérale.

Voici une partie jouée entre l’abbé Jean-Joseph-Thérèse Roman et Jean-Jacques Rousseau, sans doute au Café de la Régence en notation descriptive, rapportée dans le Palamède, magazine d’Échecs créé en 1836 et disparu en 1847.

Heureusement qu’alors les pendules n’existaient pas sinon gare au zeitnot ! Après une bonne demi-heure de casse-tête, cela donne :

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Les tépégistes seraient-ils incollables ? Il va me falloir trouver des questions plus ardues !

Les Grecs de l’antiquité jouaient-ils au Échecs ?

Des archéologues ont plus d’une fois découvert des objets qui auraient pu être des pièces d’échecs. Ces objets remontaient à des milliers d’années. Serait-il possible que des sénateurs romains, des philosophes grecs ou même des pharaons égyptiens aient joué à ce jeu d’échecs primitif ? Est-ce qu’on jouait aux échecs autour des jardins suspendus de Babylone et dans les cours des palais d’Ur ? Cela semble douteux, de toute évidence.

Nathan Divinsky, dans son encyclopédie The Batsford Chess Encyclopedia résume l’opinion généralement acceptée : « Il est improbable que le jeu d’échecs existât longtemps avant l’an 600, vu l’absence de références dans l’histoire de la Grèce intellectuelle ou celle de la Rome impériale. »

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Quelle est la déesse des Échecs  : Caïssa, Palamède ou Sissa ?

Domenico Maria Fratto – Une illustration ancienne de Caïssa

Caïssa : Caïssa est une dryade mythique de Thrace, représentée comme la déesse du jeu d’échecs. Le mythe de Caïssa n’existait pas dans l’époque antique, il provient d’un poème nommé Caissa : or The Game of Chess par William Jones datant de 1763.

Plusieurs récits mythiques sur l’origine des échecs circulaient au Moyen Âge. L’on connaissait parfaitement l’origine orientale du jeu, mais, pour leur assurer un prestige et une légitimité plus grande, l’homme médiéval liait leur invention à l’Antiquité, biblique ou classique. Palamède, le guerrier grec, déjà inventeur mythique de l’alphabet, l’aurait conçu pour désennuyer ses soldats au pied des muraille de Troie, durant le siège.

Quant à Sissa, il est ce brahmane, inventeur présumé des Échecs indiens. Il aurait inventé le chaturanga pour distraire son prince de l’ennui, tout en lui démontrant la faiblesse du roi sans entourage. Que pourrait, sur l’échiquier, le roi sans les figures qui l’entourent ?  Le prince reconnaissant laissa au brahmane le choix de sa récompense. Celui-ci demanda qu’on lui donnât un grain de blé pour la première case de l’échiquier, puis 2 pour la seconde, 4 pour la troisième, ainsi de suite en doublant toujours jusqu’à la soixante-quatrième. Le Roi, surpris de la modeste demande, l’accorda sur-le-champ, sans réflexion. Mais quand ses trésoriers calculèrent, le Roi s’était engagé à une chose pour laquelle ni ses trésors, ni les greniers de ses vastes empires n’y suffiraient.

Un peu moins moins de réponses pour cette question, mais 75 % de réussite !

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Qui a dit : « Les échecs, c’est la vie » : Bobby Fischer, Garry Kasparov ou Boris Spassky ?

Bravo ! Vous commencez fort ! Onze tpgistes connaissaient la réponse : le génial et frappadingue Bobby Fischer. 5 ont penché pour Boris Spassky et 3 pour Kasparov. Erreur légitime, car ils ont évoqué les Échecs en des termes voisins.

 « Au collège, raconte un de ses condisciples, Bobby était toujours silencieux et peu intéressé par les cours. Il sortait un petit échiquier de poche et se mettait à jouer et quand le professeur le découvrait et lui disait :

— Fischer, je ne peux pas t’obliger à écouter la leçon, ni t’empêcher de jouer, mais s’il te plaît laisse l’échiquier.

Bobby  gentiment  rangeait  son  échiquier et s’enfermait dans un silence glacial. Et nous savions tous, et le professeur également, qu’il continuait à jouer dans sa tête ». Dès lors, rien ne peut exister pour lui hormis les Échecs et quand le débonnaire Spassky à Rykjavik déclare : « les Échecs, c’est comme la vie », Fischer rétorque véhément : « Non, les Échecs, c’est la vie ! ».

De son côté, Garry Kasparov intitula un de ces livres La vie est une partie d’échecs. Sur l’échiquier se jouent défis et combats de même que dans la vraie vie. Comment prenons-nous une décision aux échecs et dans la vie quotidienne ? Comment précisément mesurer les dangers, bien évaluer et analyser la situation, son adversaire, son rival, sans le sous-estimer ni le surestimer ? Comment rattraper une position qui dérape, lutter contre ses faiblesses et accentuer ses forces ? C’est en prenant conscience de ces questions et en travaillant régulièrement sur les fragilités de notre action que l’on peut très sensiblement améliorer son jeu… comme l’on peut considérablement améliorer son attitude dans la vie.

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Le Jeu d’Échecs nous accompagne depuis des siècles. Entre incarnation et abstraction, les Échecs émerveillent. Le joueur captivé par les figurines en mouvement s’abstrait du réel pour entrer dans ce monde géométrique aux combinaisons infinies. Mais au-delà du jeu, les échecs ouvrent une fenêtre fascinante sur le monde. La richesse de leur présence dans l’histoire des hommes en est le témoin. « Je hais le jeu d’Échecs et le fuis, de ce qu’il n’est pas assez jeu et qu’il nous ébat trop sérieusement », écrivait Montaigne. Bien plus qu’un pur amusement de la pensée, les échecs nous renvoient à un ailleurs, un au-delà qui refléterait, miroir fidèle ou déformant, notre monde réel.

Je vous invite à travers ce quiz à une plongée dans son histoire. Votre savoir s’arrête-t-il aux limites de l’échiquier, la tête pleine de variantes, de stratégie et de tactique ? Testez, au travers d’une question par jour, votre connaissance de l’histoire de notre jeu magnifique, métaphore aux mille facettes de notre propre vie. Vous pourrez retrouver l’ensemble des questions dans la rubrique Le Quiz de l’onglet Apprendre du menu supérieur.