Leçon 2.1 : La Structure de Pions


« Les pions sont l'âme des échecs, ce sont eux seulement qui forment l'attaque et la défense, et de leur bon ou mauvais arrangement dépend entièrement le gain ou la perte de la partie. »
Philidor, Analyse du jeu des échecs



François André Danican Philidor surnommé Philidor "le Grand" (1726 - 1795) fut de loin le meilleur joueur d'échecs de son époque. Descendant d'une grande dynastie de musiciens, célèbres de surcroît, il fut aussi un grand compositeur et joua notamment à la cour du roi Louis XVI. Il  fut le premier à reconnaître l'importance de la structure de pions. Avant lui, les pions étaient considérés comme une gêne dans le développement des pièces, que l'on pouvait sacrifier pour gagner ne serait-ce qu'un tempo.

Aux échecs, la structure de pions (parfois connue sous le nom de squelette de pions) est la configuration des pions sur l'échiquier. Bien qu'étant les plus petites pièces de l'échiquier, les pions vont avoir pour effet d'interdire ou de permettre l'accès des cases aux autres pièces, et donc d'exercer une influence considérable sur le jeu des figures.  Les pions étant les pièces les moins mobiles, la structure de pions est relativement statique, et détermine fortement la nature stratégique de la position.

Au contraire des figures, le pion ne se déplace que dans une direction, qu’en avant. Il ne se déplace qu’à petits pas, habituellement coup après coup, s'accordant de longues poses. Sa carrière est limitée à six coups, mais s’achève dans la plupart des cas bien avant, en supposant même qu’elle ait commencé; le jeu prend en effet souvent fin avant que tous les pions aient été appelés. Et il est relativement rare, en tout cas pas dans toutes les parties, qu’un pion arrive à promotion.

Dans la seconde moitié du XIXième siècle, Wilhelm Steinitz  approfondit les thèses de Philidor sur les pions et leur structure. Il en vint à considérer le jeu d'échecs comme une activité se prêtant à une étude scientifique. Se basant sur ses études, il devint un spécialiste des gains de pions qu'il transformait en victoire en finale. La grande nouveauté introduite par ses idées de Steinitz, fut l'importance matérielle d'un simple pion. Pour Steinitz, le gain d'un pion devait logiquement entraîner le gain de la partie et ses victoires prouvèrent la supériorité du style de jeu positionnel.



Il fut le premier à formuler des principes mettant en rapport le placement des pièces avec la structure des pions. Par exemple, le blocage d'un pion isolé, ou, plus généralement la fixation d'une faiblesse de pion dans le camp ennemi. On lui doit également la notion de case forte, c'est-à-dire de case où l'on peut installer une pièce sans que l'adversaire ne puisse la chasser au moyen d'un pion, ce qui est caractéristique de la case située devant un pion arriéré du camp adverse.

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